Exprimer le OUI et le NON – Partie 2

La série  OUI/NON
par Kate AHERN

(article original : http://teachinglearnerswithmultipleneeds.blogspot.fr/2012/11/the-yesno-series-part-two.html)
Traduction libre Mathilde Suc-Mella

Partie 2 : Enseigner le OUI / NON

yes no signIl y a tellement plus de choses à dire au monde que Oui/Non, pourtant, c’est une compétence vitale, notamment en situation d’urgence ou devant un problème médical.

Souvent, le Oui/ Non figure dans les PPS d’élèves avec besoins spéciaux importants, et je suis la première à avoir mal rédigé cet objectif : j’avais tendance à penser qu’il suffit de pratiquer suffisamment le Oui et Non pour parvenir éventuellement à l’apprendre. Ainsi, beaucoup de mes élèves passaient la journée à s’exercer, en répondant à 10 questions fermées et en obtenant un renforcement positif ou une récompense quand ils répondaient correctement. Sans surprise, cela n’était pas efficace pour nombre d’entre eux.

Il faut d’abord comprendre que les questions en Oui/Non ne sont pas toutes égales : « est-ce que tu veux un biscuit ? » est loin de « est-ce que Washington était le troisième président ? ». Comparez « est-ce que tu veux rentrer à la maison ? » et « tu veux rentrer à la maison, n’est-ce pas ? ». Toutes ces questions sont des questions fermées. Pour plusieurs vous seriez recalés à un exercice en Oui/Non. Ces questions sous-tendent différentes compétences cognitives, et langagières, et différents types de motivation.

Voici quelques uns des différents types de questions fermées :

  • Accepter/ rejeter « est-ce que tu veux ta couverture ? »
    • Choix « le bleu ? »
  • Affirmer/nier
    • Possession « est-ce que c’est ton manteau ? »
    • Préférence « est-ce que tu aimes le rouge ? »
    • Nommer « est-ce que c’est une table ? »
    • Fonction de l’objet « est-ce qu’un aspirateur marche ? »
    • Test d’un savoir « est-ce que c’est exposé plein nord ? »
    • Comparaison « est-ce qu’un chien est plus vieux qu’un chiot ? »
    • par rapport au temps « est-ce que c’est arrivé en premier ? »
    • Préférence « est-ce que tu aimes les pommes ? »
  • Question rhétorique « tu les aimes les pommes, n’est-ce pas ? »

Pour nos élèves, il faut se concentrer d’emblée sur accepter/rejeter. Nous devons éviter les autres sortes de questions Oui/Non avant d’être sûr que l’élève comprend que Oui consiste à accepter, et Non à rejeter. Puis nous travaillerons sur d’autres types de questions fermées.

Une façon de travailler le Oui/Non comme Acceptation/rejet, est d’offrir des choix de la façon suivante :

  • enseignant : « Est-ce que tu veux du lait ou pas ? »
  • élèves : regarde le lait
  • enseignant : « oui, tu veux du lait », tout en modélisant la réponse de l’élève de façon appropriée

Autre exemple :

  • enseignant : « Est-ce que tu veux le violet ou pas ? »
  • élève : repousse le violet
  • enseignant « non, tu ne veux pas le violet ! », tout en modélisant la façon dont l’élève devrait le dire.

Attention, avec ces questions accepter/rejeter, de ne pas assumer que nous savons ce que veut l’élève. Tous les enfants sont censés aimer le soda, donc on demande « est-ce que tu veux du soda ? » et l’enfant répond « non ». Un « non » est un « non ». Peut-être que l’enfant a déjà bu plein de soda, ou peut-être qu’il a mal à la gorge, ou peut-être que ses parents lui ont dit « pas de soda aujourd’hui ! ». Ou peut-être que l’enfant ne comprend pas encore le Oui/non.

Dans ce cas, modéliser que « non » signifie rejeter la chose proposée et l’enlever/ne pas donner de soda est essentiel. Si l’élève se fâche, parce qu’il voulait du soda, vous pouvez attendre une minute puis re-proposer « est-ce que tu veux du soda ? Oui ». Puis cette fois vous répondez vous-mêmes à votre question verbalement et en modélisant la réponse Oui. Cela donne un indice à l’enfant que la réponse est oui. Vous avez déjà vérifié qu’il veut du soda (cf sa plainte quand vous l’avez retiré après la réponse Non), donc vous pouvez enseigner la réponse Oui en la modélisant.

Une autre chose à laquelle faire attention est la tendance que nous avons, nous adultes, d’utiliser nos mots pour combler le vide. Combien de fois entend-on « Oui ou non ? Tu veux la balle ? Oui ou non ? La balle ? Dis-moi oui ou non ». Imaginez combien cela porte à confusion si l’enfant ne comprend pas le concept du oui/non. Imaginez combien cela porte à confusion si l’enfant à des difficultés de traitement du langage et qu’il y a juste trop de mots. Du coup, beaucoup de nos élèves choisissent la dernière réponse, quelle qu’elle soit, et c’est une des façons par lesquelles nous leur apprenons à faire cela, sans le vouloir.

Nous leur apprenons que s’ils attendent que nous fassions une pause, et s’ils répètent la dernière chose qu’on a dite, quelle qu’elle soit, alors on les récompense. Parfois, nos élèves vont même répondre par « oui ou non » ou même en répétant « dis-moi oui ou non ». Une des clés pour enseigner quoi que ce soit, c’est le temps. Et une clé pour enseigner le Oui/Non est de nous retenir d’utiliser la phrase « dis-moi oui ou non ».

Une autre composante importante de l’enseignement de ce type de questions Oui/Non est de faire en sorte que l’entourage modélise : les auxiliaires, les parents, les pairs. Nous devons modéliser verbalement et de la façon dont l’élève peut l’exprimer. Plus on montre explicitement comment el Oui/non fonctionne, plus vite nos élèves apprendront.

 

Mathilde