Exprimer le Oui et le Non – partie 6

La série  OUI/NON
par Kate AHERN

(article original : http://teachinglearnerswithmultipleneeds.blogspot.fr/2012/11/the-yesno-series-part-six-best-yes-and.html)
Traduction libre Mathilde Suc-Mella

Partie 6 : le « Meilleur Oui » et récompenser les approximations successives 

yes no keychains

Le façonnement, c’est tout simplement récompenser les petites étapes qui mènent à un succès plus global. Aussi connu sous l’appellation « récompenser les approximations successives », je l’appellerais « être suffisamment proche est déjà suffisamment bien, pour l’instant ». C’est-à-dire que si nous récompensons le premier pas vers un objectif, puis chaque petit pas plus près de l’objectif, nous finirons par y arriver. Le façonnement, c’est le pas à pas. Dans le cas du Oui/Non, cela commence avec quelque chose/un signal reconnu comme « meilleur oui ».

Un « meilleur Oui » est n’importe quelle réponse que nous fait notre élève ayant des besoins de communication complexes pour indiquer l’affirmation. Un léger mouvement de tête, un sourire, des mains qui tapent, arrêter de se balancer ou un changement dans l’affect, chacun de ces signaux est un « meilleur Oui » – et c’est acceptable, au départ, d’accepter n’importe quel de ces signaux de la part d’un même enfant.

Par une observation attentive (incluant la vidéo, si besoin) et la collecte de données, on peut déterminer quel « meilleur Oui » on va pouvoir façonner en réponse « Oui » constante. Nous envisageons le « Oui » constant comme quelque chose de visible, et clairement compréhensible par tous ceux qui interagissent avec la personne régulièrement.

Pour certains enfants, nous aurons peut-être besoin d’accepter que le « meilleur oui » et le « suffisamment proche est suffisamment bien » vont être une étape plus ou moins longue et atteindre le « oui » constant pourra prendre des années. On se demandera ou on aura à répondre à ceux qui se demandent si le « meilleur oui » que l’on accepte est « intentionnel » de la part de l’enfant. L’idée wtibaiavec le « meilleur oui », c’est que l’intention ne compte pas. Nous enseignons l’intentionnalité en pré-supposant l’intentionnalité ». Répétez avec moi : « nous enseignons l’intentionnalité en pré-supposant l’intentionnalité » (en partant du principe que c’est intentionnel). Nous ne sommes pas dans le déni ni Pollyanna, lorsque nous faisons comme si cette réponse discrète et inconstante était un « oui » – nous enseignons ! Faites une affiche et affichez-la dans la classe si vous devez : « nous enseignons l’intentionnalité en pré-supposant l’intentionnalité ! ». Lorsque nous récompensons ce « meilleur Oui », nous apprenons à l’enfant que répéter ce « meilleur Oui » va mener à la récompense. Nous enseignons l’intentionnalité en pré-supposant l’intentionnalité.

Regardez cet extrait du film français de 1970, Une infinie Tendresse, regardez toutes les réponses « meilleur oui » et comment le même enfant utilise différentes réponses « meilleur oui ». (L’histoire est une histoire d’amour adolescent entre ces deux enfants, le garçon sur la gauche et la fillette sur la droite, film sans parole. C’est fabuleux).

En combinant notre « meilleur Oui » observé et notre vision pour un « oui » constant, nous élaborons un plan dans lequel nous récompensons le « meilleur oui » que nous voulons façonner jusqu’à ce qu’il soit constant. Pour cela, nous allons offrir des récompenses très motivantes et attendre le « meilleur Oui » avant de donner la récompense.

Une fois que le « meilleur Oui » est constant, nous mettons la barre plus haut. Nous modélisons l’approximation successive suivante, offrons une récompense très motivante et donnons la récompense lorsque l’enfant réalise le « oui » constant, nouveau et amélioré. Il est possible qu’au début, il faille donner la récompense pour un léger mouvement vers le bas du menton (si l’on travaille vers un hochement de tête de haut en bas) puis lorsque ce sera constant, on récompensera un mouvement vers le bas plus marqué. Puis l’on répète avec l’approximation suivante, jusqu’à parvenir à notre vision du « oui » constant, notable et compréhensible. (la prochaine approximation pouvant être un mouvement vers le bas marqué suivi d’un léger relevé de tête, puis un mouvement vers le bas marqué suivi d’un relevé de tête complet). Il est possible de devoir ajuster nos attentes à divers moments – un léger sourire est acceptable après une grosse crise d’épilepsie ou une opération chirurgicale, mais les bons jours, on attend un sourire et un hochement de tête de bas en haut.

Le façonnement doit être utilisé avec tous les autres outils de notre boîte à outils. Avec les élèves à besoins sévères, complexes ou multiples, une seule méthode n’est, en général, pas suffisante pour arriver au succès !

{Entre parenthèses, il est évident que le mieux est encore que le résultat final soit compris universellement comme une réponse orale (oui/non, ouais/nan, ok/non), un geste de la tête (hochement haut/bas ou gauche/droite) ou un mouvement de la main (pouce levé/baissé). Si cela n’est pas possible, quelque chose d’un peu moins universel mais courant pour les personnes en situation de handicap est un bon choix, par exemple signer Oui/Non, regarder en haut pour Oui/en bas pour Non ou cligner une fois pour Oui/ deux fois pour Non. Cependant, un Oui/non original est toujours mieux qu’une vie passée à essayer de forcer quelqu’un à parler ou hocher la tête lorsque c’est trop difficile.}

 

Mathilde